Le secteur de la construction en Europe fait l’objet d’une intensification des contrôles et d’actions coordonnées visant à mieux protéger les travailleurs migrants, notamment ceux détachés ou recrutés temporairement depuis des pays comme la Roumanie. Cet article synthétise les évolutions récentes et propose des recommandations pratiques pour les employeurs et responsables RH actifs dans la construction.
À destination d’entreprises françaises qui externalisent ou recrutent des travailleurs roumains, le propos reste pragmatique : comprendre les nouvelles priorités d’inspection, prévenir les risques juridiques et sociaux, et mettre en place des procédures concrètes pour garantir la conformité et la sécurité sur les chantiers.
Renforcement des contrôles coordonnés
Depuis plusieurs années, l’Autorité européenne du travail (ELA) soutient et coordonne des inspections concertées et des « weeks of action » ciblant la construction, le transport, l’agroalimentaire et l’hôtellerie/restauration. Ces opérations visent à vérifier des thématiques récurrentes : travail non déclaré, fausse sous-traitance, mise en danger des travailleurs et non-conformité des règles de détachement.
En 2025 et fin 2025, des actions coordonnées ont permis d’inspecter plusieurs centaines d’entreprises et près de mille travailleurs sur des chantiers européens, révélant des enquêtes sur le travail non déclaré, l’emploi illégal de ressortissants de pays tiers et des manquements en matière de rémunération et de sécurité. Ces opérations montrent une montée en intensité des contrôles transfrontaliers.
Concrètement, cela signifie pour les donneurs d’ordre et recruteurs que les autorités nationales, soutenues par des capacités analytiques et un partage d’information au niveau européen, sont désormais mieux équipées pour mener des vérifications rapides et coordonnées sur des chaînes de sous-traitance complexes.
Risques spécifiques pour les travailleurs migrants
Les travailleurs migrants, et parmi eux un nombre significatif de travailleurs roumains détachés ou recrutés temporairement, restent particulièrement exposés au risque d’exploitation : rémunérations non conformes, retenues illégales, heures non déclarées, conditions de logement indignes ou absence de protections de santé et sécurité. Des rapports récents soulignent que ces problématiques persistent malgré les campagnes et les inspections.
Des affaires judiciaires récentes illustrent la gravité des situations découvertes suite à des inspections : des enquêtes sur des chantiers de grande ampleur ont mis en lumière des réseaux de travail dissimulé et des employeurs ayant recours à des montages juridiques pour masquer l’absence de contrats ou le statut irrégulier de travailleurs. Ces cas montrent que les inspections peuvent déboucher sur des procédures pénales et des responsabilités lourdes pour les entreprises concernées.
Au-delà du risque juridique, il y a un risque réputationnel et opérationnel pour les donneurs d’ordre : interruption de chantier, sanction financière, obligation de régulariser des salaires ou cotisations, et difficulté de relancer des recrutements fiables si les pratiques ne sont pas instantanément remises en conformité.
Impacts pour les employeurs et donneurs d’ordre
Les inspections européennes renforcées impliquent une vigilance accrue sur la chaîne contractuelle : maîtres d’ouvrage, entreprises générales et sous-traitants peuvent tous être mis en cause si des manquements sont constatés sur le site. Il est donc essentiel de documenter l’ensemble des relations contractuelles et des contrôles effectués auprès des prestataires.
Les entreprises qui recourent à du personnel détaché doivent s’assurer que les déclarations de détachement, les preuves d’affiliation sociale, les fiches de paie et les contrats soient accessibles et vérifiables à tout moment. Les autorités de contrôle vérifient de plus en plus la réalité des situations de détachement pour détecter les détachements non authentiques ou le recours à des sociétés écrans.
Pour les agences de recrutement et les employeurs qui gèrent des travailleurs roumains, la conformité passe par des audits documentés, le suivi des bulletins de paie, la tenue rigoureuse des registres RH et la mise en place d’un interlocuteur interne dédié aux relations avec les inspecteurs du travail en cas de contrôle.
Bonnes pratiques de conformité pour recruter des travailleurs roumains
Avant tout recrutement, vérifiez l’éligibilité et le statut administratif des travailleurs (détachement, contrat local, droit au travail) et conservez une trace écrite : contrat de mission, contrat de travail, attestation de détachement si applicable, preuves de paiement et fiches de paie traduites si nécessaire.
Mettre en place un pack d’accueil multilingue (RO/FR) couvrant droits et devoirs, consignes SST (santé et sécurité au travail), horaire, et contacts d’urgence réduit fortement les incompréhensions qui peuvent conduire à des conflits ou à des signalements. La formation SST adaptée au poste est aussi un élément contrôlé lors des inspections.
Externalisez les vérifications lorsque nécessaire : recourir à un prestataire de paie fiable, faire auditer périodiquement les sous-traitants et conserver des preuves d’une due diligence sincère (contrats, attestations URSSAF/INPS, déclarations de détachement) minimise le risque d’être considéré comme complice de pratiques illégales.
Coopération transnationale et rôle de l’ELA
L’Autorité européenne du travail joue un rôle central dans l’organisation et le soutien technique des inspections conjointes et dans le partage d’outils méthodologiques entre États membres. Les acteurs nationaux demandent un renforcement des pouvoirs de l’ELA pour faciliter encore davantage ces actions coordonnées et harmoniser les pratiques d’application.
Les entreprises opérant à l’international bénéficient de cette coordination : une meilleure lisibilité des attentes et des priorités d’inspection permet d’anticiper les contrôles et d’aligner les procédures internes avec les standards européens. En pratique, cela se traduit par des semaines d’action sectorielles et des campagnes d’information multilingues relayées par les autorités.
Pour un recruteur ou un RH, il est utile de suivre les publications de l’ELA et des inspecteurs nationaux, de participer aux sessions d’information et de maintenir un canal de communication ouvert avec les autorités compétentes afin de régler rapidement tout point de non-conformité avant qu’il ne devienne un litige.
Mesures de prévention sur les chantiers
Renforcez le contrôle documentaire en amont et sur site : liste des employés, contrats, preuves de paiement, registres SST, et attestations d’affiliation sociale doivent être disponibles sur demande. Des audits aléatoires internes renforcent l’effet préventif et montrent la volonté de conformité aux autorités.
Instaurer des procédures claires de remontée d’alerte pour les travailleurs (ligne téléphonique, référent RH, médiateur) et garantir l’absence de représailles encouragent les signalements précoces de situations illégales ou dangereuses. Un environnement de travail où le salarié sait qu’il peut alerter sans risque réduit les cas d’exploitation.
Enfin, formaliser la traçabilité des tâches et la facturation entre donneurs d’ordre et sous-traitants permet d’identifier rapidement les écarts (facturation inexistante, paiement en espèces, sociétés écrans) qui sont aujourd’hui souvent ciblés par les inspections.
La montée en puissance des inspections européennes crée une opportunité pour les employeurs responsables : sécuriser leurs processus RH, améliorer la qualité du recrutement et valoriser des partenariats fiables avec des agences qui garantissent la conformité et le bien‑être des travailleurs.
En adoptant des pratiques documentées, en formant les équipes et en coopérant avec les autorités, les entreprises du secteur de la construction peuvent non seulement réduire leur exposition aux risques mais aussi renforcer leur attractivité et leur compétitivité sur des marchés où la conformité devient un facteur clé de confiance.

